• Chapitre 12

    Dimanche 24 janvier 2009, 12h46, commissariat de police de Westminston, escalier du premier étage.



    Hirvy et Bory étaient tous deux assis sur la troisième marche de l'escalier du premier étage. Ïan avait décliné l'invitation de ses collègues apour venir manger au fast-food d'en face et avait demandé à Ïga de venir s'asseoir avec lui, sur les marches de cet escalier.

    Ils regardaient à présent le bout de leurs chaussures, ne sachant que faire. Ïga n'avait aucune idée de ce que Ïan avait l'intention de lui dire et ce dernier ne savait pas vraiment par où commencer.

    « Donc, hum, Ïga je voulais te parler un petit peu...

    - Oui, de quoi ?

    - De... enfin... de l'affaire Sting.

    - Ah. Et qu'est-ce que tu voulais savoir ? demanda-t-elle, ne se doutant de rien mais se braquant tout de même, par habitude.

    - Tu la connais ? Ahénolïa Sting ? Réponds moi franchement, s'il te plaît.

    - Non, je ne la connais pas.

    - Alors pourquoi est-ce que tu sembles tellement... comme... attachée à elle ?

    - C'est... compliqué.

    - Ïga nous avons plus d'une heure alors j'ai le temps pour les histoires compliquées.

    - Je... Je n'en parle à personne, à part à Jarvy.

    - Ah. Donc il sait.

    - Oui. Mais ce n'est pas contre toi ! s'empressa-t-elle de répondre, voyant qu'il était déçu de ne pas avoir été mis dans la confidence. C'est juste que je n'aime pas en parler...

    - OK. Alors je suppose que ce n'est pas aujourd'hui que je le saurai. »

    Hirvy commença à se lever pour partir rejoindre ses collègues quand Ïga lui attrapa le bras pour le faire rasseoir.

    « ATTENDS ! Attends. Je vais te le dire.

    - Je ne t'y oblige pas Ïga. Si c'est vraiment trop personnel tu n'es pas obligée de...

    - Si. Il faut que je le dise à quelqu'un. Je veux dire... à quelqu'un d'autre que Jarvy.

    - D'accord. Alors je t'écoute.

    - C'était le 24 mai 1986. J'étais venue avec mes parents ici, à Westminston. J'avais 7 ans et j'habitais toujours en Hollande mais mes grands-parents, eux, vivaient ici. Alors nous venions les voir de temps en temps.

    « Nous avions pris l'apéritif et le repas dehors. Il était midi et il faisait très beau. Très chaud aussi. Je m'ennuyais un peu à table. Tu comprends, il n'y avait pas d'enfants hormis moi. Alors mon père m'a proposé d'aller me promener dans la forêt de Mira. Ce n'était pas la première fois que j'y allais. Mon père et moi nous y promenions souvent quand nous venions à Westminston. C'est une belle forêt. Alors j'ai pris mon manteau, j'ai mis mes bottes, j'ai attrapé un petit panier en osier et je suis partie dans la forêt. Quand mes parents se sont levés de table pour rentrer à l'intérieur il était 18h30 et ils ne me voyaient toujours pas revenir.

    « Quand j'étais dans les bois, je cueillais des champignons. Chaque fois que je me baissais pour en ramasser, j'en voyais d'autres plus loin. Et c'est comme ça que me suis éloignée du chemin. Au bout d'un moment j'ai relevé la tête. Mon panier était plein et j'avais décidé de rentrer. Mais je ne reconnaissais rien. Plus rien. Je ne savais plus où j'étais. Je m'étais tellement éloignée du chemin, tête baissée, que je ne savais même plus par où j'étais venue. J'avais tourné dans tous les sens, sans regarder la route.

    « Je commençais tout juste à paniquer quand j'ai entendu un gros bruit. Une branche venait de craquer derrière moi. Je me suis retournée d'un coup, comme une fusée, et je l'ai vu. Un grand homme. Avec un manteau rouge et une casquette bleu marine qui m'empêchait de voir son visage. Je suis partie en courant. J'ai détalé le plus vite possible mais il avait des grandes jambes et il m'a vite rattrapée. Il a tiré sur le col de mon manteau et j'ai commencé à me débattre, en essayant de lui décocher des coups de pieds... « bien placés ». Mais il était trop fort et trop grand, et je commençais à étouffer. Alors il a sorti un rouleau de Chatterton de sa poche et il a fait trois fois le tour de ma tête avec, en laissant mon nez dégagé pour que je respire quand même.

    « Il m'a pris dans ses bras et il m'a emmenée jusqu'au petit parking en terre. Tu sais celui où on doit commencer la recherche d'indices cet après-midi. Eh bien il avait garé sa Range Rover bleue marine là et il m'a forcée à monter dedans. On a roulé pendant pas mal de temps et il s'est ensuite arrêté devant une jolie maison aux murs rose pâle.

    « Les volets étaient bleus foncé et son allée étaient bordée de mauvaises herbes. La maison tombait presque en ruine mais elle tenait encore debout. Je me demandais bien comment d'ailleurs. Il m'a à nouveau portée dans ses bras et nous sommes entrés dans son taudis.

    - Tu y es restée combien de temps Ïga... ?

    - Trois mois... »

    Ils restèrent assis côte à côte, en silence. Ces souvenirs revenaient à Ïga avec force et Hirvy était tellement choqué et abasourdi qu'il ne savait plus que dire.

    « Quand ils m'ont trouvée j'étais allongée dans la cave de cet homme, sur une table métallique. Il m'avait attaché les bras et les jambes avec des ceintures de cuir, comme dans les hôpitaux psychiatriques. Je portais la même tenue depuis qu'il m'avait attrapée dans les bois. Pendant trois mois je n'avais pas pu bouger. Il me donnait des petits pots pour bébé avec une cuillère pour me nourrir et me faisait faire mes besoins dans une bouteille en plastique. Je ne pouvais rien faire. Et plus je restais allongée ainsi, ne pouvant bouger, plus je devenais faible et incapable de résister.

    « Ils m'ont trouvée comme ça. Je devais être bien pitoyable à voir...

    - Ne dis pas ça Ïga, je t'en supplie.

    - Tu m'aurais vu... Ensuite j'ai passé deux mois à l'hôpital de Westminston et je suis rentrée en Hollande avec mes parents. Ils ont juré de ne plus jamais revenir à Westminston. Ça a fait un choc à mes grands-parents. Je ne les ai presque pas revu depuis. Les rares fois, c'était eux qui étaient venus chez nous. Mes parents ont toujours refusé catégoriquement leurs invitations. En même temps, je les comprends...

    - Oui, ils avaient une sacré bonne raison...

    - Ouais... »

    Ïga avait le regard perdu dans le vide. Elle pensait à Ahénolïa et à ce qu'elle était peut-être en train de subir, en ce moment même. L'agent Bory n'aimait pas les disparitions. Les disparitions d'enfants. Les disparitions dans Mira...

    Des bruits de pas la firent sursauter, elle et Ïan. Tandis qu'elle relevait la tête, Berhzo et Spitz entraient dans le commissariat en brandissant des sachets de fast-food.

    « Vous n'étiez pas au restaurant ? demanda Ïga

     

     - Tu croyais vraiment qu'on allait manger sans vous ? » 


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