• Chapitre 23

    Mardi 26 janvier 2009, 08h14, maison de Ïan Hirvy/L'homme au chapeau, cave de la maison.



    Ïga n'avait pas dormi de la nuit, réfléchissant à un plan pour sortir de cette maison, en vain. La télévision était restée allumée depuis que Ïan était reparti en haut et les trois phrases incessantes repassaient toujours en boucle. Ahénolïa était toujours attachée à la table métallique, endormie, et Ïga à sa chaise. Les enfants avaient réussi à s'endormir après le départ de Ïan, probablement par fatigue et par habitude.

    Ïga n'avait plus la notion du temps. La pièce dans laquelle elle se trouvait était dépourvue de fenêtre et n'était éclairée que par la petite ampoule grésillante qui était attachée au plafond.

    C'est alors qu'elle entendit une clé tourner dans la serrure de la porte, en haut de l'escalier. Elle tourna la tête mais, à sa plus grande déception, vit Ïan descendre les marches en souriant. Il vint devant elle, attrapa une autre chaise et s'assit dessus, lui faisant face.

    « Quelle heure est-il Ïan ?

    - Je suis heureux de t'apprendre que nous sommes le mardi 26 janvier, qu'il est 08h19, et que je t'ai amené l'un de mes tee-shirt. Il est peut-être un peu trop grand mais ça ne fait rien. Tu ne vas tout de même pas rester en sous-vêtements devant huit enfants... Ce n'est pas correct, n'est-ce pas ?

    - Pourquoi tu fais ça ?

    - Ça quoi ?

    - Enlever des enfants à leurs parents, les séquestrer, les torturer.

    - Pour suivre l'exemple de ma famille Ïg'...

    - Ta famille ?

    - Oui chère Ïga... Vois-tu, je n'ai pas de sœur. Ÿrsha n'est qu'une pure invention. Je n'ai pas de neveu non plus. Le lit qui était en haut servait pour Ahénolïa la petite peste. – l'intéressée remua faiblement sur sa table métallique, voulant protester – Tais-toi Nolie ! J'enlève des enfants pour mon plaisir. Ça me plait de faire ça. J'aime les voir pleurer, crier qu'ils ont peur, qu'ils veulent rentrer chez eux, me suppliant de les laisser partir. Et puis... c'est un peu comme une tradition, si tu vois ce que je dire...

    - Une tradition ?

    - Oui, nous sommes kidnappeurs dans ma famille de père en fils.

    - Quoi ? Mais...

    - Tu te souviens de ce fameux 24 mai 1986 ? Te souviens-tu du nom de la personne qui t'a attrapée dans les bois ?

    - Ïanov Hirvasheï...

    - Tu ne trouves pas qu'il y a un petit air de famille ?

    - Alors c'était toi ?

    - Non. Désolé de bousculer l'illumination que tu viens d'avoir mais ce n'était pas moi. C'était mon père. Ïanov m'a donné son prénom et son nom, mais quand ils t'ont retrouvée et qu'il a été condamné à la peine de mort, j'ai été contraint de changer mon nom. Pas totalement bien sûr... Ïanov est devenu Ïan et Hirvasheï est devenu Hirvy... Ce n'était pas compliqué à comprendre n'est-ce pas Ïga ? Et pourtant même toi, celle qui a envoyé le seul parent qu'il me restait tout droit sur la chaise électrique, tu ne t'en es pas rendu compte, trop obnubilée par ton désir d'oublier toute cette histoire...

    - Non...

    - Si Ïga. Mais ne t'inquiète pas, j'ai pris toutes mes précautions. J'ai appelé Berhzo ce matin. Et maintenant ils pensent tous que nous sommes malades à cause d'un truc pas frais mangé hier soir.

    - Ils te trouveront quand même.

    - Et comment, jolie Bory ?

    - Les traces de pneus.

    - Tu sais, j'ai appris des erreurs de mon père. J'ai abandonné ma voiture plus loin... Ils ne la trouveront pas chez moi.

    - Et c'est quoi comme voiture ?

    - Une jolie Citroën C5.

    - Qu'est-ce que tu peux être stupide Ïan...

    -J 'INTERDIS QUICONQUE DE ME DIRE QUE JE SUIS STUPIDE !!! TU NE VAUX PAS MIEUX QUE MOI !!!

    - Peut-être, mais je te signale que tu es la seule personne de cette ville, avec moi, a avoir ce modèle de voiture... D'autant plus que c'est un break... Et je suppose que tu l'as achetée dans une ville voisine...

    (...)

    - Donc ils vont trouver la marque de la voiture, chercher qui en a acheté une à Westminston et dans les villes alentours, et devine sur qui ils vont tomber...

    - Ils penseront que c'est une erreur... Qu'ils... qu'ils devraient chercher plus loin encore... répondit Ïan, qui commençait à perdre contenance en se rendant compte de sa bêtise.

    - Peut-être bien... Mais le règlement les obligera à venir fouiller ta maison quand même...

    - Non ! Ils ne viendront pas fouiller ici... Je... je suis leur coéquipier... On... Ils ne peuvent pas me faire ça !

    - Eh bien je pense que si.

    - ÇA SUFFIT ! TAIS-TOI ÏGA ! TU DIS N'IMPORTE QUOI !

    - Ïan, libère-nous et je demanderai une peine allégée pour toi !

    - NON ! JAMAIS ! JE VOIS CE QUE TU ESSAYES DE FAIRE ! TU DIS ÇA À TOUT LE MONDE JUSTE POUR QU'ILS SE RENDENT ! ET UNE FOIS QUE C'EST FAIT TU NE DEMANDES RIEN DU TOUT !

    - Ïan, je te promets que...

    - NON ! ARRÊTES AVEC TES PROMESSES EN L'AIR ! TU MENS ÏGA ! TU MENS ! »

    Ïan se leva d'un bond de sa chaise et remonta les marches, furieux mais inquiet. Il savait. Il savait qu'Ïga ne se trompait pas. Elle ne se trompait jamais. Et elle avait raison. Ils allaient venir. Il en était sûr maintenant.

     

     Il referma la porte de la cave à clé et monta dans sa chambre. Il se laissa tomber sur son lit, puis se pencha et attrapa la chemise d'Ïga. Il en huma l'odeur pendant de longues minutes avant de s'endormir, exténué d'avoir tant hurlé ces derniers jours. 


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